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Agression et prédation: considérations fondamentales

  Pourquoi les Bimbos Girls de Cage Rage ou d'Ultimate Fighting vous donnent chaud entre deux rounds, tandis que le Docteur Lecter vous donne froid même quand il n'a encore rien fait ?...  

agression Agression et Bagarre / rixe (notion de "se battre")

 

On parle d'agression lorsqu'il y a attaque psychologique ou physique (parfois les deux en même temps) d'un individu par un autre au sein de la même espèce ( = attaque intra-spécifique). Les comportements agressifs sont très ritualisés (cris, prises de postures d'intimidation, gestes de menace), mais ne débouchent pas forcément sur le combat (l'agresseur peut éventuellement se rétracter, et l'agressé peut éventuellement fuir ou se soumettre). Ces stratégies alternatives au combat permettent une résolution du conflit sans engagement physique, évitant les dommages corporels, qui ont toujours le risque d'être mutuels.

Le contenu émotionnel de l'épisode agressif est très élevé, autant chez l'agresseur que chez l'agressé, à titre d'un mélange de colère et de peur (généralement, l'un au moins des deux protagonistes est "hors de lui"). La victime n'est pas "chosifiée" au cours de l'agression, mais toujours considérée comme "un frère de la même espèce". L'agresseur reste toujours capable de se voir suffisamment lui-même au travers de l'agressé, pour garder un certain degré de compassion. Le lien affectif n'est pas rompu.

Une bagarre est un événement participatif agressif destiné à établir une dominance entre 2 ou plusieurs mâles. Les participants cherchent à prouver qui est le plus fort dans un cadre de lutte virile, mais la bagarre ne vise pas à l'extermination d'un congénère (même si elle conduit parfois à des séquelles physiques et psychologiques).

La bagarre est l'un des moyens utilisés par les mâles pour régler de manière rapide les problèmes de hiérarchie (rang social, place occupée). Durant la bagarre, le moteur fondamental qui oppose les rivaux est la concurrence (K. Lorenz). La confrontation qui en découle vise à distribuer entre les rivaux l'accès aux ressources alimentaires, territoriales, et sexuelles. Il est toujours rentable biologiquement pour une espèce que ce soient les mâles les plus forts, les plus intelligents et les plus combatifs qui se reproduisent et élèvent leur progéniture dans des conditions optimales.

Notre espèce n'échappe pas à cette contrainte, qui est à l'œuvre dans la compétition sociale. La publicité présente inlassablement des mâles dominants (à la physionomie traduisant des taux élevés de testostérone), ayant accès aux ressources matérielles (accessoires ou véhicules traduisant le luxe, ou au moins l'aisance), aux ressources sexuelles (femelles présentant les caractéristiques biométriques de la fertilité), et aux ressources territoriales (appartements spacieux utlramodernes, ou vastes propriétés arborées).

 

 

prédation Prédation et Combat (notion de "combattre")

 

On parle de prédation quand l'individu d'une espèce donnée, attaque le membre d'une autre espèce ( = attaque inter-spécifique) avec l'intention de le mutiler (torture récréative chez les chats domestiques, ou chez les psychopathes) ou de le tuer (chasse).

Globalement, le comportement prédateur n'est pas ritualisé, et n'appelle pas la soumission qui resterait de toutes façons sans effet. La structure de la prédation répond à des contraintes stratégiques (camouflage, sélection, encerclement, etc), et le dommage corporel sous forme d'une "distribution mutuelle" n'est jamais attendu, bien au contraire. Toute la construction de l'assaut par le prédateur se fait autour d'une logique d'écrasement total de la victime, à sens strictement unique, victime à qui il n'est offert aucune chance de riposter. La prédation est l'apologie du plus nombreux, du plus lourd, du plus gros, du plus fort, du plus armé, et du plus sournois.

La prédation s'opère avec une charge émotionnelle très réduite, la "victime" devenant une "proie" dont l'assaut se fait sans colère, avec précaution certes, mais dans une intéraction qui tient pour beaucoup du jeu. La proie est complètement désinvestie en terme de compassion, elle est ramenée au rang d'objet dont le prédateur peut se servir, et va se servir. Le lien affectif est complètement rompu.

La prédation introduit la violence dans sa forme radicale, et avec elle la notion du combat. Pour le prédateur, et dans un combat, il ne s'agit pas de faire accepter une quelconque supériorité (en fait cette supériorité existe DEJA A PRIORI!), mais de détruire. La prédation s'inscrit dans une logique d'appropriation. Elle utilise une force brutale, non-limitée, et qui montera en pression jusqu'à l'anéantissement. La nuance avec les comportements agressifs ne porte donc pas seulement sur l'intensité de la violence, mais sur la nature propre de cette violence.

En somme durant un combat, il s'agit fondamentalement : soit d'éliminer la menace (l'ennemi), avant que cette menace ne blesse gravement ou ne tue, soit de fuir ventre à terre car l'attaquant sera sans merci. Un comportement hybride, très intéressant d'un point de vue stratégique, consiste à attaquer pour ouvrir une brèche, et pouvoir fuir.

 

Tableau de synthèse
 
   
Agression
Predation
 
Comportement
Bagarre
Combat
Symétrie
Evénement participatif et symétrique avec escalade de la violence
Evénement asymétrique avec un prédateur et une proie, avec violence physique sur un mode du " tout ou rien "
Objectifs
Etablir une dominance (hiérarchie)
Contrôler pour détruire (appropriation)
Charge affective de l'attaque
Très importante (colère)
Très faible (stratégie)
Forme narurelle
Lutte entre mâles pour accéder aux ressources hiérarchiques, alimentaires, sexuelles et territoriales
Chasse
Forme culturelle
Duel
Guerre
 

 

agresseurs et prédateurs in the mix Particularités de l'espèce humaine

Dans l'espèce humaine, la séparation des comportements "agresseurs" et "prédateurs" n'est pas nette comme elle peut l'être chez les autres animaux. Il est même très délicat de déterminer de manière simple les limites de chaque domaine, observation qui a conduit il y a bien longtemps à conclure que l'homme était un loup pour l'homme.

D'une part l'être humain est capable de générer des motifs de prédation typiques, mais au sein de sa propre espèce (viols, vols à main armée, tortures, serial killers et homicides volontaires en tous genres). Et d' autre part l'être humain est capable de conduire des agressions extrêmes, mais codifiées et au sein d'environnements contrôlés (rencontres d' Arts martiaux, compétitions de Sports de Combat, Ultimate Fighting Championship, tournois du Moyen-Age).

 

 

prédation et agression: confusions Points de confusion

La confusion entre le modèle de type prédateur (prédation urbaine) et le modèle de type sportif (duel courtois au sens moderne) peut avoir des conséquences catastrophiques. En effet, dans la rue, cette confusion ouvre à deux cas de figures possibles aussi funestes l'une que l'autre :

Soit le citoyen est engagé dans une bagarre (rixe), auquel cas des techniques sportives (destinées au duel) peuvent marcher, mais ce ne sera plus un cas de "légitime défense". Aux yeux de la Loi, il y aura eu choix de donner suite à une provocation, et choix de faire évoluer la situation dans le sens d' un événement participatif (engagement volontaire dans une rixe).

Soit le citoyen est tombé dans une embuscade de prédation, et se trouve effectivement dans le cadre de légitime défense stricte. Mais les techniques sportives risquent de ne plus marcher, car on leur demande alors de produire un effet qu'elle ne sont pas supposées avoir par conception : provoquer des dommages maximum en un temps minimum.

 

 

défense personnelle Application à la défense personnelle

Dans la plupart des cas, les méthodes de self-défense offertes aux civils sont des compilations de techniques empruntées au domaine sportif et traditionnel, postulant qu'elle seront forcément valides durant l'assaut urbain puisqu'elles marchent si bien sur un ring. Cette extrapolation ne tient pas compte du fait que sur le ring, sur le tatami ou même dans l'octogone, il existe une logique d'augmentation du temps d'exposition à la menace (existence de rounds), et de maintien de l'exposition à la menace (celui qui abandonne perd le match).

Or, la protection de la personne, c'est " arrêter la menace au plus tôt pour ne pas être blessé physiquement par la menace". Toutes les tactiques déployées dans la rue, qu'elles soient psychologiques (observation, détection, évitement), verbales (négociation, désescalade) ou physiques (fuite, combat) doivent tendre à réduire au minimum le temps d'exposition à la menace, et surtout pas à l'augmenter.

Un point doit être souligné : les mouvements utilisés dans les rencontres sportives sont soigneusement choisis pour permettre à la rencontre athlétique de durer un certain temps, et ceci sans envoyer les participants à l'hôpital. Les Arts Martiaux Traditionnels sont presque tous le fruit de l'évolution récente (moins d'un siècle) d'anciens systèmes guerriers adaptés aux périodes de paix. Tous les mouvements mutilants qui rendaient ces systèmes redoutables sur le champ de bataille ont été progressivement interdits, afin d'organiser des rencontres athlétiques où des participants entraînés pouvaient s'attaquer à pleine puissance sans se blesser gravement pendant plusieurs minutes. Même le terrible O-Soto-Gari (grand fauchage externe) des Judokas est l' adaptation moderne édulcorée d'une forme de fauchage externe "de guerre" destinée à blesser très gravement la colonne vertébrale et à fracturer l'arrière du crâne d'un ennemi.

Le plafonnement de la capacité vulnérante des techniques de compétition a été compensé par un surinvestissement dans la complexification des gestes de duel sélectionnés (grande subtilité apportée sur la même technique), et dans la complexification des stratégies du duel (gardes, feintes, déplacements, enchaînements, etc).

Un certain nombre de techniques sportives et traditionnelles reste potentiellement très destructeur, mais la plus grande partie des gestes enseignés par les styles traditionnels n'a tout simplement aucune application dans la rue. En ce qui concerne cette seconde catégorie de gestes, il n'est pas exact de penser qu'il "suffirait de les faire plus fort pour que ça marche". Il faut prendre conscience que certaines techniques détiennent une puissance d'arrêt intrinsèque, et sont fondamentalement dangereuses et efficaces par leur bio-mécanique propre, tandis que d'autres techniques sont intrinsèquement moins puissantes.

Les techniques physiques destinées à la protection de la personne doivent impérativement inclure (entre autres), un noyau de gestes de combat expéditifs et extrêmement destructeurs, qui seront les seuls à même de stopper net un prédateur sur le point d'utiliser contre soi des coups expéditifs et destructeurs.

En première approche, une méthode de protection physique urbaine devrait ressembler, non pas à une synthèse de techniques utilisées en compétition de sports de combat et d' arts martiaux, mais inversement à une sorte de synthèse fonctionnelle de tout ce qui est interdit par les règlements des compétitions.

Ce sont les systèmes de combat militaires qui sont le moins éloignés actuellement de cette contrainte tactique (leur "design" les rend apte à fonctionner contre une force hostile, pas contre une force consentante). Ce point est heureusement perçu de plus en plus clairement au fil des ans, comme le montre l'engouement actuel pour le Krav Maga, ou la résurgence très récente du close-combat en France.

 

 

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