self defense neurocombat
 

Le concept de défense analysé

 

défense concept Le concept de défense et ses effets pernicieux

Le concept de "défense" (que ce soit dans l'expression "self-défense" ou "légitime défense") conduit à envisager spontanément la protection de la personne d'un point de vue "défensif", c'est à dire au moyen d'une action obligatoirement "réactive".

 

  • Ce raisonnement, poussé dans le même sens, laisse implicitement supposer qu'il n'y a aucune possibilité d'initiative face à la violence.

 

  • Ce raisonnement, pris en sens inverse, envisage l'initiative comme une sorte "d'inversion de la défense", c'est à dire comme une attaque (on en arrive alors à entendre que "la meilleure défense est l'attaque", ce qui ne veut absolument rien dire ni d'un point de vue tactique, ni d'un point de vue logique).

 

Cette manière d'approcher la protection de la personne selon un mode "défensif strict" (et qui se veut pourtant prudente à la base) est potentiellement dangereuse. Loin de mettre l'individu en sécurité, et contrairement au résultat attendu, elle peut enfermer l'individu dans la violence physique. En effet, une pédagogie focalisée sur la défense physique se focalise forcément sur la partie physique de l'attaque. Elle postule tacitement que l'attaque physique est déjà en cours et qu'il faut y réagir physiquement. Cette approche élimine 90% des paramètres du problème violent, et réduit toutes les possibilités de réaction de l'élève à la seule contre-attaque physique (la fameuse riposte nécessaire, proportionnelle, et simultanée).

Un individu qui, par manque de formation, est incompétent à diagnostiquer les signes avant-coureurs de la violence, incompétent à prévenir l'apparition de la violence, incompétent à éviter la violence, incapable de partir au moment où il pourrait encore partir, et incapable de calmer la violence en "cours de compression" par une communication efficace, se retrouvera effectivement sans aucune autre possibilité que celle de rester "jusqu'au bout" sans s'apercevoir de rien, jusqu'au moment fatidique où l'attaque physique se déchaînera immanquablement, puis d'essayer à ce moment là de se défendre effectivement contre cette attaque au moyen de "techniques de self-défense"...

Pire encore, dans ce cas de figure courant, le "défenseur" n'aura aucun point de référence pour estimer le contexte global dans lequel se produira cette attaque. Dans ces conditions, l' ajustement du comportement durant la phase d' agression psychologique (interview) se fera un peu au hasard et sous le contrôle de émotions (c'est à dire tout, sauf de façon stratégique). Et l'ajustement du niveau de force nécessaire et suffisante durant la phase d'agression physique (assaut) sera tout aussi aléatoire.

Sur la base d'une mauvaise lecture des événements en cours de déroulement, il est toujours très difficile de trouver le "juste milieu" du comportement qui serait adapté. Typiquement, la réaction n'est jamais équilibrée. Elle est soit insuffisante, soit excessive. Insuffisante, elle peut être inefficace et maladroite, risquant même d'exaspérer l'agresseur et de déclencher une attaque qui n'aurait pas forcément eu lieu. Excessive, elle peut se montrer efficace, mais le défenseur risque d'aller beaucoup trop loin dans la force administrée, se plaçant aux yeux du législateur en dehors des conditions où cette riposte aurait pu être "légitime".

 

 

défense légitime Self-défense et défense légitime

Le problème s'aggrave encore avec l'enseignement de la "self-défense", dans la mesure où cette spécialité ne possède pas encore de statut juridique en France. Dans ce cadre légal, seuls les moniteurs titulaires d'un BEES (Brevet d'Etat d'Educateur Sportif) en Aïkido, Boxe, Karaté, Judo, Ju Jitsu, Aïkido, Taekwondo, Kung Fu (ou de toute autre discipline agrée par l'organisme Jeunesse & Sports), sont habilités à expliquer à des élèves et contre rémunération, des mouvements de protection physique (blocages, chutes, percussions, dégagements sur saisie, clés articulaires etc....).

Par conséquent, les techniques de self-défense ne peuvent être enseignées légalement que durant des cours de sports de combat ou d' Arts Martiaux traditionnels. Dans la pratique, et hormis quelques structures associatives, la "self défense" est donc généralement instruite à titre d'une sorte de module complémentaire greffé sur le cursus d'une discipline à caractère traditionnel ou sportif. Par voie de conséquences, le contenu de l'enseignement proposé en self-défense dérive en général directement et sans modification, des techniques sportives et traditionnelles.

L'interférence des pensées va encore plus loin : on lit, dans les revues spécialisées de sports de combat, que "ce sont les compétences en Arts Martiaux qui rendent les techniques de Self défense efficaces". Il faut bien comprendre que ce choix pédagogique est complètement imposé, l'émergence de systèmes autonomes étant tout simplement illégale en France! Une technique physique marche parce qu'elle et cohérente avec certains principes mécaniques et biomécaniques inhérents au corps humain, les mêmes principes irréductibles qui "font marcher" aussi les Arts Martiaux !! Certains Artistes Martiaux auraient tout intérêt à retourner à leurs propres sources philosophiques : " si tu désignes longtemps un objet du doigt, prends garde de ne pas finir par confondre cet objet et le doigt qui le montre ".

Les compétences techniques enseignées par un professeur de Boxe, de Jujitsu, ou de n'importe quel autre style, ont toutes pour dénominateur commun la résolution de l'attaque physique par des techniques physiques. Et il ne peut pas en être autrement pour la simple raison que ces professeurs n'ont aucune formation en criminologie, en psychopathologie, en stratégie, en communication, et ainsi de suite. Certains d'entre eux n'ont même jamais assisté à une vraie bagarre.

Dans cette fuite en avant pour la technique, mais finalement sans aucune clé de compréhension de la violence, on arrive à la situation paradoxale de citoyens tellement orientés stratégiquement sur le concept de défense, qu'ils ne cherchent qu'à déterminer si ils seront, oui ou non, dans le cadre de la "défense légitime" au moment crucial... C'est à dire à savoir si ils auront, oui ou non, le DROIT d'utiliser eux mêmes la violence.

Il est à ce titre particulièrement alarmant de constater que la plupart des sites Internet Français traitant de la self-défense illustrent leur page d'accueil avec des photos de personnes en train de se battre, et proposent presque aussi systématiquement les articles 122-5 et 122-6 du code pénal relatif aux conditions d' application de la légitime défense (ce qui revient fondamentalement à connaître la réponse à la question: "Dans quelles circonstances pourrai-je exploser tranquillement la gueule à ce mec sans qu'on me poursuive ? ").

 

mécanisme prédateur Particularité du mécanisme prédateur

Un prédateur, lorsqu'il attaque, est animé du double objectif suivant : écraser la victime et ne pas être blessé lui-même. Sinon, il n'attaquerait pas, ou il attendrait, ou il choisirait une autre victime... Par conséquent, l'attaque effective tend à n'avoir lieu que si pratiquement tout est déjà en faveur du prédateur, et seulement à cette condition. Ainsi, au moment où la violence physique se referme sur quelqu'un, la victime intentée est DEJA en situation de désavantage tactique, sinon elle ne serait justement pas en train d'être attaquée physiquement.

Il faut avoir une conscience aiguë de ce mécanisme de déclenchement de la prédation, et ne jamais sous-estimer la dangerosité latente d'une altercation en train de devenir violente. Les individus violents ne sont pas des incompétents qui frappent au hasard : ils ne peuvent tout simplement pas se le permettre, si il veulent continuer à pouvoir être violents. Contrairement à ce que l'on pourrait penser spontanément, le processus d'une attaque dans la rue est extrêmement élaboré, et le contexte dans lequel l'assaut se déclenche obéit à des contraintes très serrées pour l'attaquant.

 

riposte proportionnelle Proportionnalité de la riposte : une force d'arrêt nécessaire et suffisante

Une force d'arrêt nécessaire : Pour le civil, le seul objectif dans une situation violente est de faire cesser l'exposition à la menace, et de s'extraire de la situation violente au plus vite et par tous les moyens possibles. La notion des "moyens possibles" comprend une hiérarchie stricte, qui commence par des tactiques préventives (détecter, reconnaître, éviter), des tactiques verbales et comportementales (négocier, désamorcer, partir), et éventuellement des tactiques physiques si rien d'autre ne marche... Le recours à la force physique s'inscrit donc effectivement dans un plan général (stratégie) de retour au calme, mais uniquement si tout le reste a échoué. L'utilisation de la force physique n'est donc jamais le premier choix, et correspond toujours à une solution de "dernière issue".

Une force d'arrêt suffisante : Si on en arrive au point de devoir s'impliquer physiquement (combat) pour s'extraire de la menace, on ne sait jamais a priori jusqu'où l'attaquant est capable d'aller lui-même dans l'escalade de la force pour dominer (utilisation d'une arme cachée, arrivée d'autres agresseurs en soutien, compétences particulières en combat de rue). Dans cette situation, il est de bon ton de le prendre de vitesse pour qu'il n'ait pas l'opportunité de gravir les échelons de la force. L'exemple typique est une défense insuffisante de la part de la victime, qui ne stoppe pas l'agresseur : l'agresseur, sentant une résistance inattendue monte d'un cran dans l'utilisation de la force pour reprendre le dessus... Par exemple en sortant un cutter de sa poche. Il faut donc disposer d'un arsenal physique efficace qui ne fasse pas les choses à moitié, et qui permette au minimum de se soustraire à la menace.

 


évolution mentale Le changement de point de vue qui s'impose

Pédagogiquement, la violence doit être abordée sur le modèle explicatif d'un processus, c'est-à-dire d'un "ensemble de phénomènes, conçu comme actif et organisé dans le temps" (Dictionnaire Robert). Sur chacune des étapes articulées de ce processus, la victime intentée doit comprendre qu'elle dispose d'initiative lui permettant d'enrayer le mécanisme violent.

L'enseignement de la protection personnelle, sans abandonner le combat rapproché, doit déplacer le point focal du système défensif très en amont de l'agression physique, et toujours poser la question "Comment en est-on arrivé là?", "Et comment en est-on arrivé là encore avant?". Il convient d' introduire l'étude de toute la période précédant l'assaut, plus ou moins longue, mais durant laquelle le "défenseur" peut activement contribuer à faire diminuer la menace par des mesures actives qui ne sont pas forcément défensives au sens strict du terme (ce que certains instructeurs appellent le pré-conflit).

La violence n'apparaît pratiquement jamais sur un mode "du tout ou rien" et "depuis le néant". Les attaques gratuites et les embuscades existent, mais constituent la minorité des agressions urbaines. Dans la plupart des cas, la violence se construit pratiquement toujours par incrémentation et par durcissement progressif d'une situation initiale non violente. Une situation potentiellement violente ne devient donc "défensive" que si le "défenseur" autorise la violence à cristalliser jusqu'à son dernier degré : celui de l'assaut physique. Autoriser quelque chose est un mécanisme psychologique actif, pas passif. Méditez là-dessus.

Alors pour finir, si on assimile de manière globale les mécanismes de la violence humaine et de l'agression, si on est prêt intellectuellement à les comprendre, les détecter, les reconnaître, les diagnostiquer, les éviter, les désamorcer, et si on est prêt spirituellement à écouter parler, à se taire, à remballer son honneur, ou à fuir si nécessaire sans scrupule, alors on ne déploiera son arsenal physique que dans des conditions légitimes, et sans même avoir à se poser la question.

 

 

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