self defense neurocombat
 

Cahier des charges

pour système de combat rapproché destiné à " la rue "

 

Personne n'a besoin d'une ceinture noire pour se sortir intact d'une attaque dans un parking souterrain. Et sans vouloir se montrer désobligeant, une ceinture noire ne garantit pas qu'on sera en mesure de survivre à une attaque de rue. Dans l'absolu, une ceinture noire signifie seulement que l'étudiant a atteint un certain niveau technique dans un cursus d'art martial spécifique et structuré pédagogiquement, et a survécu... à l'examen de passage de sa ceinture noire.

 

Les compétences de combat rapproché urbain sont destinées à tout le monde, et pas simplement aux athlètes capables de faire le grand écart, ou aux nantis ayant la possibilité de passer quatre soirs sur sept dans une salle d'entraînement. Un système de combat rapproché personnel utilisable pour "sauver sa peau" dans la rue, doit être construit autour d'un certain nombre de contraintes spécifiques, à côté desquelles il ne faut pas passer. Elles sont relativement simples et logiques.

 

 
Ce système devra être en accord avec l'ensemble des caractéristiques suivantes

defense contre armes Inclure les armes. C'est à dire les armes contemporaines (les matraques, les pistolets automatiques, et les cutters... pas les hallebardes ou les fléaux d'armes !), et la manière dont les criminels s'en servent. Par exemple, le couteau est l'arme la plus utilisée dans la rue, et les attaques au couteau durent moins de 5 secondes : il faut se tenir prêt à ça.

 

close combat Avoir un " coût d'entretien " minimum : pour être adapté à notre civilisation, le système de combat doit demander relativement peu de temps d'entraînement hebdomadaire pour rester opérationnel. Plus les techniques sont élaborées, et plus elles sont nombreuses, et plus il faut de temps pour les maintenir à un niveau élevé de fonctionnement. Peu de gens ont les ressources en temps, en argent et en énergie pour se consacrer une vie durant à l'étude du combat.

 

arts martiaux Etre simple à comprendre, simple à apprendre et simple à reproduire. Le coeur du système doit "marcher" intégralement en quelques mois (= être assimilable dans sa globalité en quelques mois), et ensuite se raffiner. Cela suppose qu'il s'appuie uniquement sur les basiques, mais cela ne l'empêche pas d'inclure des éléments techniques plus approfondis par la suite. Si un système prétend "c'est efficace, mais ça commence à marcher au bout de 10 ans de pratique", ce n'est pas une méthode pour se protéger de la violence, c'est une méthode pour vendre.

 

close combat Etre construit "par design" sur les fondations biomécaniques de la motricité grossière (Gross Motor Skills de la classification de Cratty). Le délabrement des capacités intellectuelles, perceptives et motrices sous l'effet de stress est parfaitement démontré (ce qui est d'ailleurs effarant quand on observe ce qui est enseigné dans certains cours de "self-défense"). Ce n'est même pas la question qu'on perdra du temps à réfléchir, et qu'une technique délicate sera plus dure à faire : c'est la question qu'on ne pourra plus réfléchir du tout, et que toute technique subtile ne "sortira plus". Ne pas rejeter une solution par principe uniquement parce qu'elle semble "naturelle" et qu'elle ne ressemble pas à un mouvement d'arts martiaux.

 

self defense fonctionnelle Fonctionner même contre une grande résistance inverse. Si on commence à dépendre de conditions particulières pour qu'une technique puisse "passer", alors on diminue ses chances d'être efficace. Et si une technique marche laborieusement à l'entraînement, au calme, et sur un partenaire consentant, qu'est ce qui peut laisser croire qu'elle marchera durant le chaos d'une agression de rue ?

 

self defense polyvalente Etre polyvalent. Armer le pratiquant d'un nombre minimum des gestes de combat généralistes, et potentiellement exploitables dans un nombre élevé de situations, de distances, et d'angles. Un mouvement de combat fonctionnel n'est pas forcément la meilleure des défenses connues à une attaque donnée, mais c'est un geste qui peut se décliner dans des dizaines de variantes de combat, permettant au pratiquant d'avoir un très fort rendement combativité / entraînement. D'autre part, une excellente réactivité est possible au moyen de techniques de combat qui ne sont pas spécifiques d'une attaque précise, mais d'un "couloir" d'attaque donné (= zone de l'espace dans laquelle chemine l'énergie vulnérante ennemie). Ainsi on ne raisonne plus en terme de couple [attaque - défense], mais en terme de couple [couloir d'attaque - interception]. Cela permet de réagir de manière réflexe au mouvement de l'ennemi, lorsque celui ci suit un certain schéma géométrique dans l'espace, et de bouger beaucoup plus tôt.

 

self defense rapide Ne pas dépendre de modifications corporelles pour pouvoir fonctionner immédiatement (qualités de force, qualités de durcissement, qualités de souplesse). Ces qualités peuvent être un plus par la suite, mais ne doivent pas faire partie des pré-requis fondamentaux impliqués dans le fait que la technique marche ou ne marche pas chez le débutant. Les techniques doivent être utilisables par le débutant au point actuel de sa condition physique lorsqu'il en entreprend l'étude.

 

self defense totale Embrasser toutes les distances de combat. Couteau en menace statique (lame posée sur la peau) ou en assaut dynamique (tentative de poignardage), distance de pieds, distance de poings, distance de coudes & genoux, grappling "vertical" (saisies, étranglements, trapping), grappling "horizontal" = combat au sol (défense contre la position montée, défense contre le "ground and pound", défense contre les étranglements au sol), et transitions plan vertical / plan horizontal (combat depuis le sol contre un adversaire debout / mise au sol par déséquilibre ou projection).

 

attaques mains ouvertes Protéger les mains. Sans un conditionnement spécifique des poings, il y a de grands risques de se fracturer la main ou le poignet en frappant du poing. Il existe de très nombreuses techniques vulnérantes et incapacitantes qui ne passent pas par la percussion avec les mains fermées. Elles sont souvent passées à la trappe car elles n'ont pas d'applications sportives. Ce sont en général des techniques guerrières et mutilantes par nature. On peut citer 3 exemples traditionnels redoutables : les coups de coude (la plupart des champions tués durant des matchs de Boxe Thaï , l'ont été par un impact de coude à la tempe), les manipulations de la tête des styles Indonésiens, les techniques d'arrachement et d'enfoncement avec les doigts des styles Chinois (forme du Tigre, du Dragon et de l'Aigle).

 

self defense instinctiveFonctionner de la même manière que l'on soit prévenu de l'attaque ou non. Ce point est très important, et préconise l'intégration de réflexes naturels " tactiquement modifiés par l'entraînement " dans l'arsenal. Les chercheurs Canadiens puis Nord-Américains, sur la base des travaux précurseurs et absolument remarquables de Tony Blauer et du système SPEAR, ont mis à jour des conclusions extrêmement intéressantes à ce sujet.

 

self defense naturelleNe pas reposer sur des déplacements compliqués, et encore moins des pas glissés (les pas glissés sont la méthode la plus rapide pour se déplacer pieds nus, sur les tatamis , qui furent le sol traditionnel des maisons japonaises jusqu'à la restauration MEIJI dans les années 1900). Investir plutôt son énergie dans une garde solide de type Pancrace, Close Combat ou Jeet Kune Do, et devenir capable de se déplacer avec de grosses chaussures sur du bitume.

 

self defense efficaceEtre efficace. Certains enseignants proposent des techniques tellement ridicules et déconnectées de la réalité, qu'elles en sont homicidaires par imprudence (les défenses à mains nues contre les attaques au couteau détiennent la palme). La première question à se poser concernant une nouvelle technique est : " Est-ce que je pense sérieusement que ça marchera suffisamment bien pour que je puisse l'utiliser instinctivement, dans une situation de chaos, sur quelqu'un qui ne se laissera pas faire, et qui en plus dans le même temps essayera de ma casser la gueule? "...

 

Plus c'est mieux ? Une bataille idéologique fait rage dans le monde de la self défense : faut-il multiplier ou diminuer le nombre de techniques ?

 

1 Approche commerciale. "Ici on vend 20'000 défenses sur 2000 attaques" En réalité, beaucoup d'attaques commencent de la même manière, et il existe moins de 10 familles d'attaques. La connaissance de ces motifs d'attaque, et leur regroupement en catégories réduit de manière drastique le nombre possible de réponses physiques. Cette tendance à la simplification va à contre-courant des cursus traditionnels, qui capitalisent sur des années d'engagement de l'élève, et sur l'accumulation progressive de centaines de techniques pour occuper ces années, sans lasser le pratiquant.

 

2 Approche neurologique. La théorie du "plus c'est mieux" explique que l'étudiant doit intégrer un maximum de techniques physiques, afin de savoir réagir dans le plus grand nombre de situations différentes. La théorie du "moins c'est mieux" recommande à l'étudiant d'avoir un nombre minimum de techniques polyvalentes, afin de devenir rapidement compétent et de prendre confiance en lui. Les deux approches sont valides au point de vue du raisonnement, mais les études de performance sous stress (Bruce K. Siddle) suggèrent de conserver le nombre des techniques a minima. Un compromis fonctionnel peut s'établir entre les deux théories, si on analyse les différentes attaques sous un angle biomécanique et géométrique, et non pas sous la forme de catalogues bibliothécaires codifiés.

 

3 Approche fonctionnelle. Si on décompose un nombre suffisant de techniques de combat en faisant des recoupements entre différents systèmes, on finit par isoler des "dénominateurs communs", en un ensemble de gestes fondamentaux redoutables et sans polémique possible. C'est la recombinaison de ces mouvements de base qui donne naissance aux "techniques". Le seul objectif valable pour un survivant est la maîtrise totale de ces gestes fondamentaux, qui lui permettront d'improviser spontanément ses propres "techniques", de manière totalement instantanée, instinctive et adaptée aux circonstances, et ceci même dans un environnement chaotique violent très dégradé.

 

4 Approche pragmatique. Il vaut mieux avoir un arsenal de 20 mouvements polyvalents qu'on travaille 1 fois par semaine, que 300 techniques "chirugicales" qu'on travaille 3 fois par an faute de temps. D'autre part, le fait de disposer d'un nombre restreint de techniques, permet de commencer très vite à les entraîner dans des circonstances proches de la réalité, en "hors-contrôle", en "hors-vigilance", et en "hors-consentement" (travail d'assauts aléatoires, ou travail dans des scénarios de mise en situation).


Remarque: ce n'est pas parce que l'on oeuvre dans le sens de la simplicité que l'on oeuvre dans le sens de la réduction. Dans le domaine du combat, l'exploration des pistes les plus simples ouvre l'esprit à une vie entière de quête insoupçonnée.

 

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