Violence urbaine et stratégie |
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Les mesures de précaution visent à neutraliser la conjonction [victime + prédateur + facteur déclenchant], en supprimant l'un des 3 éléments qui la composent, et annuler ainsi le risque. C'est le même genre de raisonnement qui conduit à éteindre sa cigarette lorsqu'on met de l'essence dans sa voiture. Dans le domaine de la self-défense traditionnelle, les mesures de précautions se manifestent sous forme de listes interminables de conseils "faire" et "ne pas faire" qui inondent la littérature spécialisée. Ces conseils sont généralement pertinents, mais il est illusoire de tous les mémoriser, et encore plus illusoire de parvenir à les mettre en place sans qu'ils perturbent l'activité normale. Le seul moyen de rendre spontanée la prévention d'un risque particulier, est de comprendre tous les rouages du mécanisme de ce risque. Dans le cas présent si l'on étudie, et si l'on assimile complètement les tenants et les aboutissants de l'agression et la prédation, on s'imprègnera des principes opératoires de la prédation et de l'agression. A partir de là, la prévention tombera sous le sens, au point qu'on appliquera les mesures de précaution sans même avoir à y penser. Pour faire une analogie, il suffit d'avoir expérimenté et compris les principes du choc mécanique et des forces de percussion, pour déduire spontanément qu'il ne faut pas se taper sur les doigts ni avec un marteau, ni avec une brique, qu'il ne faut pas se cogner dans un angle de mur, se taper la tête contre une porte et ne pas se lâcher un haltère sur le pied. L'apprentissage des risques de la vie courante est naturel, et il ne viendrait à l'idée de personne de lister tous les objets durs, lourds et anguleux, tous les endroits du corps sensibles, et d'organiser l'ensemble en listes précisant " faire " et " ne pas faire ". Le problème récurrent de la violence intra-humaine est sa rareté, donc sa difficulté d'observation. Contrairement au courant de pensée général, nous évoluons dans des sociétés fondamentalement pacifiques; et il est très difficile " d'attaquer ", pour un individu normal. Des vidéos réalisées dans les tribunes de stades de Football ont démontré que les bagarres entre supporters étaient rarissimes, ramenées au temps passé à se menacer et à s'intimider, et compte tenu du nombre considérable d'individus hostiles en présence dans une situation de confinement extrême (Desmond Morris). Il est donc particulièrement difficile, sans des recherches particulières, d'extraire des logiques explicatives générales relatives aux mécanismes de la violence humaine. La plupart du temps, l'enjeu du problème n'est même pas perçu, ce qui conduit directement à perpétuer des solutions pédagogiques inopérantes destinées à résoudre des faux-problèmes. Quand l'enseignement ne passe pas complètement à côté du risque réel lui-même (certaines stratégies typiques de la prédation, parmi les plus courantes, ne sont jamais évoquées dans les cours d'Arts Martiaux). Cette dérive est très grave, car elle se ramifie jusque dans l'apprentissage des tactiques défensives. Des instructeurs de bonne foi, peuvent en arriver à raconter n'importe quoi à leurs élèves, par manque regrettable de formation et de compétence.
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Le cran suivant de la gestion du risque d'attaque de rue est celui de la détection de la menace. A ce stade, le raisonnement du paragraphe précédent continue malheureusement à s'appliquer. Le citoyen normal n'est pas du tout préparé pour détecter et diagnostiquer les symptômes d'une attaque en construction. La plupart du temps les victimes d'attaques violentes pourront constater seulement après l'assaut qu'il y avait une anomalie, mais constater surtout qu' elles ont été incapables de la localiser, incapables de la reconnaître, et encore plus incapables de la gérer correctement. Pourtant, dès qu'un être humain choisit intérieurement de recourir à la violence pour nuire à un autre, il commence à présenter des motifs de comportement caractéristiques de la prédation qui sont détectables si on les connaît (patterns de prédation humaine en terme de langage corporel). Comme dans la pratique médicale, le diagnostic repose toujours sur la reconnaissance ("re-connaissance") du symptôme. Cette reconnaissance repose elle-même sur la connaissance préalable de la nature de ce symptôme, et de la compréhension de la raison pour laquelle ce symptôme est révélateur de la "maladie" (l'attaque en construction). En d'autres termes, pour savoir quoi reconnaître, il faut avoir une parfaite compréhension de l'agresseur humain (son mode opératoire), des causes psychologiques de son attaque (sa motivation), et de la manière dont une situation violente se verrouille à partir d'une situation initialement non-violente suivant un mécanisme asymétrique qui présente toutes las caractéristiques du piège (le processus stratégique ennemi).
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Si la menace potentielle n'a pas été prévenue, si elle n'a pas été évitée, et si l'agresseur a une raison d'attaquer (intention d'attaquer), alors la menace peut commencer à vraiment se préciser, et on entre dans la phase de gestion de la situation de crise. Quand les choses en arrivent là, cela signifie que le processus stratégique ennemi est déjà très engagé. La situation avancée à ce point est donc toujours critique, car le défenseur devient de plus en plus "réactif", et dispose d'une marge de manœuvre qui va en se réduisant en entonnoir tandis que s'opère un accroissement régulier de la " tension violente ". Il existe un éventail standard de cinq familles de réponses stratégiques, qui se superposent partiellement suivant un schéma très complexe. Globalement, ce sont la structure de l'attaque, le comportement de l'attaquant et le contexte dans lequel se déroule l'attaque, qui orientent le choix stratégique dans une direction ou dans une autre. Ces 5 options sont les suivantes (sans ordre particulier): négocier, fuir, intimider, se soumettre, utiliser la force physique. Cette approche en options met à jour l'un des points les plus délicats de toute la compréhesion de la self-défense : la prise de décision (et ses 3 composantes).
Cette approche stratégique de la question violente est purement intellectuelle, et elle ressemble plus à des " devoirs à la maison " qu'à de le "self-défense". Elle est pourtant fondamentale, car si on ne sait pas quoi faire ni quand le faire, alors on ne fera rien, ou le fera mal, ou on le fera sans conviction (et ça ne marchera pas). L'activité décisionnelle doit être étudiée comme un élément indépendant, car elle contient, en plus de ses éléments stratégiques, des variables mathématiques, neurologiques, et émotionnelles.
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La police travaille de plus en plus avec des niveaux de force standards (le continuum de force, apparu au cours des années 80 aux Etats-Unis) destinés à moduler la réponse des policiers en accord avec le durcissement progressif d'une situation sur le terrain. L'échelle de police correspond aux " règles d'engagement " du niveau de force à utiliser, contre un suspect qui résiste aux forces de l'ordre. Ce modèle permet de clarifier la prise de décision dans le feu de l'action, et de disposer d'éléments de référence pour justifier son comportement. La présentation la plus courante est un graphique en étages, ou un graphique en échelle, chaque niveau de force correspondant à un niveau de résistance. La résistance du suspect à un niveau de l'échelle appelle le niveau de force supérieur de la part du policier. L'exemple ci-dessous n'est donné qu' à titre indicatif, car il existe des dizaines de variantes de ce type de diagramme:
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Dans la mesure où le contexte tactique des forces de l'ordre est très différent du contexte tactique des civils, nous ne pensons pas que la transposition de l'échelle de force pour les civils soit faisable de manière simple. Une adaptation intéressante est l'échelle de force de Jim Wagner, sur laquelle le débutant aura avantage à se pencher. Le problème fondamental avec les échelles de force professionnelles est leur cadre d'utilisation, correspondant à une situation d'inégalité légale flagrante des deux forces en conflit : un suspect qui résiste à l'action de la police se place d'entrée de jeu en infraction, ce qui permet aux forces de l'ordre une grande clarté de jugement. La situation des civils est beaucoup moins limpide, et possède généralement des ramifications multiples qui compliquent considérablement la prise de décision. L'échelle de force n'est pas mauvaise en soi, elle est simplement insuffisante pour la défense personnelle civile. Ceci étant noté, il faut quand même impérativement introduire une graduation dans l'administration du niveau de force, même pour un civil. En effet, bien que toutes les situations de violence urbaine soient potentiellement dangereuses, toutes ne sont pas des "combats à mort". Tous les agresseurs ne viendront pas sur vous, ni avec les mêmes capacités à vous blesser, ni avec la même motivation à le faire. Le "défenseur" devra donc disposer dans son arsenal de tactiques de combat extrêmes pour rester capable de gérer les cas extrêmes, mais savoir aussi jusqu'où "ne pas aller" pour le cadre des conflits qui ne requièrent pas un tel niveau d'engagement physique. En pratique, nous pensons que le niveau de force se déduit spontanément, et de manière pertinente, au moyen de deux angles d'analyse : 1 La réponse sur contexte spécifique : Le contexte dicte à lui seul le niveau de force pour stopper la violence. Il y a un danger à reposer sur des solutions opératoires simples stimulus / réponse, sans tenir compte du contexte. Une attaque spécifique n'a pas du tout la même portée dans des contextes différents. Prenons l'exemple d'une poussée de la main à la poitrine, attaque très courante dans la rue. Que faites-vous si vous la subissez :
Pour une même et unique attaque (d'un point de vue biomécanique), chacune des situations décrites appelle un niveau de réaction tout à fait différent, en vertu de CONTEXTES SPECIFIQUES.
Il faut avoir à l'esprit la capacité vulnérante de son propre arsenal défensif, et la capacité vulnérante des différentes formes d'attaque de rue. Il existe tout un spectre dans la dangerosité des attaques. Certaines sont des tentatives d'intimidation (petites claques humiliantes sur la joue), d'autres des tentatives d'assassinat (les saisies à la gorge). Entre les deux existent des formes de transition en très grand nombre. Seule une étude tactique éclairée de la structure d'une ATTAQUE SPECIFIQUE permet d'effectuer le calage de la "défense" sur "l'attaque", suivant le concept de proportionnalité de la riposte.
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