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Le combat libre (Free Fight) et le combat au sol

 

self defense combat au sol 1 La rupture de pensée apportée par l'apparition du combat libre (les compétitions Ultimate Fighting Championship, K1, Pride etc...) depuis le milieu des années 90 fut probablement ce qui pouvait arriver de mieux au monde des arts martiaux. L'événement permit de mettre sur pied des rencontres sportives comportant un minimum de règles, et où pouvaient enfin coexister toutes les distances de frappe (pieds, poings, coudes et genoux), les saisies, les étranglements, les clés et les projections, et enfin, le fameux " combat au sol ".



self defense combat au sol 2Le combat libre montra clairement que les techniques de percussions (atémis ou coups frappés) devenaient inopérantes dès que les combattants s'agrippaient l'un à l'autre. On y comprit qu' en se collant au " boxeur", le "lutteur" (grappler) supprimait tout espace pour accélérer les coups de poing, et que si l'agrippement se terminait finalement au sol, le " lutteur " prenait l'avantage sur le "boxeur" désemparé par cette position de combat . On y vit effectivement des boxeurs pieds-poings se faire amener régulièrement au sol par des lutteurs et s'y faire complètement contrôler. On y découvrit notamment enfin le Ju-Jitsu Brésilien, une forme de Judo hyperspécialisée dans le combat au sol, et dont les pratiquants dominaient les combats de manière écrasante.

 

self defense combat au sol 3Cette constatation provoqua un engouement généralisé pour le combat au sol, une distance jusqu'alors négligée, et ceci au point que de très nombreux observateurs transposèrent directement les conclusions de l'octogone au cadre général de la violence. Un vaste courant de pensée adhéra alors en toute bonne foi à l'idée selon laquelle les techniques de soumission (submission holds) et de combat au sol (groundfighting) apportaient le point final au problème du combat "réel". L'armée américaine elle-même n'échappa pas à cette tendance, et la seconde édition de sa notice de combat au corps à corps (Combatives FM No. 3-25.150, éditée en 2002) n'est autre qu'un manuel de Ju Jitsu Brésilien à peine déguisé.

 

self defense combat au sol 4Sans nier l'apport évident du combat libre (Free Fight) dans l'univers des sports de combat, ni les avantages incontestables des compétences en combat au sol pour le combattant, il faut pourtant comprendre que, même en combat libre, un nombre minimal de règles existe, qui modifient complètement la dynamique du combat. Ce faible nombre de règles conduit, à lui seul, à une sélection de stratégies gagnantes dans l'octogone, et il empêche toute transposition simple des logiques du "combat libre" à la violence urbaine.

 

self defense combat au sol 5La compétition, même brutale et extrême, reste qu'on l'admette ou non, un environnement régulé et limité. Inversement, la rue est un environnement non-limité, et non-régulé. C'est un environnement strictement non-contrôlé de type chaotique dans lequel n'importe quelle solution peut apparaître spontanément du moment qu'elle "marche". Le concept même de "participant" suggère que les combattants sont consentants, avertis et préparés, ce qui n'est jamais le cas durant la prédation urbaine.

 

La différence fondamentale entre le ring et la rue est la suivante: sur le ring, on introduit une dimension chaotique dans un univers contrôlé par des règles strictes. Dans la rue, on tente de contenir le chaos pour qu'il produise des dégâts minimum.

C'est exactement la même logique qui oppose le niveau de chaos du monde réel et celui des univers "artificiels" de certains types de jeux (jeux de rôles ou jeux de stratégie). L'utilisation de jets de dés injecte une composante aléatoire dans le système régulé du jeu ("règles du jeu"), et contrebalance au mieux les effets enfermants d'un cadre totalement structuré.



 
Tableau comparatif du combat au sol sur le ring et dans la rue
 
 
Combat au sol dans un cadre de compétition
Combat au sol dans un cadre urbain
 
Sol régulier et rembourré.
Sol inégal (bordure de trottoir, escaliers), sol abrasif (bitume, béton, graviers), sol coupant ou piquant (verre cassé, ferrailles).
Participants consentants, avertis et préparés .
Pas de consentement de la victime, pas de préparation de la victime, et attaque qui arrive en général par surprise.
Combats à un contre un entre des participants de puissance sensiblement équivalente.
Avantage du nombre et de la force en faveur des attaquants.
Pas d'armes cachées.
Un couteau caché peut sortir au moment de la lutte.
Arbitrage, et possibilité d'arrêter le combat, voir de l'abandonner.
Pas d'arbitre, et celui qui abandonne se fait achever dans certains cas.
Possibilité de taper pour arrêter le combat en cas de clé ou d'étranglement.
Pas d'arrêt prévu, a priori.

Quelques techniques actuellement interdites en combat libre (Unified Rules of Mixed Martial Arts) :

  • Les attaques à la gorge.
  • Les attaques aux testicules.
  • Les attaques aux yeux.
  • Toutes les techniques "mains ouvertes" avec saisie, griffe, enfoncement ou torsion de tissus mous au moyen des doigts ou des pouces.
  • Les coups de tête.
  • Les morsures.
  • Les coups de pied et de talon sur un adversaire au sol.
  • Les manipulations des petites articulations (1 ou 2 doigts).
  • Les crachats.
  • Les insultes.

Dans la rue, une partie de cette liste peut non seulement se produire, mais risque de se produire effectivement.

Une note particulière concerne le fait de mettre les doigts dans les yeux : ce geste neutralise a lui seul une grande partie des nombreuses techniques sportives de soumission par saisie et verrouillage articulaire (clés articulaires).

Tenue rendant le combat au sol possible. Gants rembourrés, genouillères (en combat libre), ou kimono renforcé au col (en lutte au sol en judo et Jiu Jitsu), slip de catch.
Tenue de ville que l'on portera au moment de l'altercation. Certains vêtements rendent impossible l'utilisation de certaines techniques de combat au sol (chez l'attaquant comme chez le défenseur).
 

 

sgroundfighting tactiqueD'un point de vue tactique : Le sol est le pire endroit où se retrouver dans la rue. On y perd toute mobilité, on y subit une réduction de son champ visuel, et l'impact vertical se produit accompagné d'un effet d'enclume (avec retour du choc depuis le sol). Enfin, il n'est déjà pas évident du tout d'éviter un coup de couteau debout, et cela devient quasiment impossible si on est en train de se rouler par terre avec le porteur de couteau.



groundfighting stratégiqueD'un point de vue stratégique : Il faut être capable de réagir depuis le sol et au sol, au cas où on y arrive par accident, mais tous les efforts doivent être mis en œuvre pour ne pas y aller. Et il est surtout absolument suicidaire d'y aller exprès. On prétend parfois que 9 bagarres sur 10 finissent au sol, chiffre très difficile à vérifier, mais ce qui est certain, c'est que toutes les bagarres démarrent depuis une position verticale. Si on se retrouve au sol quand même, ce qui peut effectivement arriver, l'axe stratégique est d'arriver à se dégager pour regagner une position verticale au plus vite, ce qui appelle des tactiques particulières n'ayant pas grand chose à voir avec le Judo ou le Ju Jitsu, de quelque école que ce soit...

 

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